David Roux signe son premier long métrage en s’inspirant de son frère aîné, médecin pneumologue en soins intensifs. Il a suivi ce dernier durant plusieurs jours pour se documenter mais c’est un événement familial qui va décider du scénario final lorsque sa mère fut hospitalisée.

« J’avais d’abord l’idée d’écrire un scénario sur l’hôpital, pour raconter l’hôpital avec en gros l’idée que si les soignants étaient des héros digne d’être gardés par le cinéma, ce serait plutôt des héros du quotidien parce qu’ils retournent chaque jour au front pour se mesurer à l’imminence de la maladie et de la mort. Et pas du tout de manière spectaculaire comme le montre les séries américaines. Très vite, cet aspect de chroniques hospitalières a cédé le pas à quelque chose de beaucoup plus personnel. Mon frère médecin est pneumologue en soins intensifs comme le personnage de Simon. J’ai vu comment l’irruption de la maladie dans la sphère intime faisait bouger et remettait en question l’exercice de sa profession. Dans ce choix-là, dans ce frottement-là, je me suis dit qu’il y avait peut-être des questions qui se posaient et qui méritaient qu’il y ait un film. « 

« L’Ordre des Médecins » n’est pas un titre qu’il faut prendre pour l’histoire du film, ni pour l’ordre mais qu’il faut prendre au sens religieux : « Il y a une idée de vocation. On entre en médecine comme on entre en religion en prêtant serment. On porte un habit qui fait le moine. Quand on demande à mes comédiens comment ils ont fait pour rentrer dans leur rôle, tous déclarent « on a mis une blouse blanche ». Le personnage de Simon dans le film fait le constat de son impuissance. Il traverse une crise de vocation comme doivent pouvoir en traverser les hommes de foi. Simon a dédié son existence à la médecine au détriment d’autres aspects de sa vie privée. Au moment où il doit affronter, dans l’intimité, la maladie de sa mère, tout ça ne lui est plus d’aucune aide.« 

Image du film « L’ordre des medecins » de David Roux – Photo Presse ©Pyramide Films

L’histoire est celle de Simon (incarné par Jérémie Renier). A 37 ans, il est un médecin aguerri qui côtoie la mort tous les jours dans son service de pneumologie. En bon professionnel, il a appris à s’en protéger mais, quand sa mère est hospitalisée dans un état critique dans un service voisin, l’intime et le professionnel se télescopent.

« L’Ordre des Médecins » est extrêmement prenant et très bien documenté, on sent le travail qui a été fourni par David Roux en amont. C’est presqu’un documentaire…

« Oui, au début en tout cas. Je ne cherche pas à rendre Simon sympathique tout de suite. Les spectateurs le trouveront peut-être un peu brutal et imbuvable. Au contraire, d’autres le trouveront à la bonne place. Il sait doser son engagement dans son métier. Il se protège mais il n’empêche qu’il est bon médecin. Il sait prendre des décisions raisonnées et argumentées. Voilà, je ne voulais pas – surtout au début du film – choisir à la place du spectateur et l’intimer d’aimer ce personnage mais, par contre, pour que le spectateur accepte de s’engager ensuite avec lui, il fallait que l’univers soit reconstituer très fidèlement. Le réalisme était un enjeu pour ne pas être pris en défaut là-dessus et que les gens sortent du film. C’était vraiment donner des gages de réalité pour qu’ensuite, sur ce socle, on puisse s’engager sur un drame beaucoup plus intime. Petit-à-petit, le film se défait de ce souci du réalisme et se resserre sur le cœur du film : un fils médecin et sa mère malade.« 

Image du film « L’ordre des medecins » de David Roux – Photo Presse ©Pyramide Films

Jeremie Renier est excellent dans le rôle de Simon mais son implication dans le film n’est arrivée que tardivement dans le processus.

« Arriver à écrire le scénario était déjà une montagne à gravir. Donc, la question de l’incarnation est venue assez tard dans le processus. Mais quand la question s’est posée, il y avait quelques noms dont celui de Jeremie Renier dans le haut de la liste. A ce moment-là, je l’ai vu dans « Ni le ciel, ni la terre », le film de Clément Cogitore dans lequel je l’ai trouvé incroyable et en plus dans un registre proche de celui que je recherchais. Je suis sorti de la projection de ce film et j’ai appelé ma productrice en lui disant que c’est vraiment à lui qu’il faut qu’on envoie le scénario en priorité et il a accepté alors que nous n’avions ni distributeur, ni financement. Il y avait juste un scénario et un réalisateur qui n’avait presque rien fait ! Après ça, on a fait une résidence de mise en scène qui s’appelle Emergence et qui propose à des cinéastes en devenir de venir tourner deux scènes de leur projet de premier long métrage. Ce n’est qu’à ce moment-là, en le voyant avec une blouse blanche, sur écran, que je me suis rendu compte à quel point il ressemblait à mon frère ainé médecin. Le plus fou n’était pas d’avoir constaté cette ressemble mais que cela m’avait plutôt complètement échappé pendant près d’un an.« 

Y a-t-il un passage « Hitchcockien » du frère dans le film ?

« Non ! Mais on lui a demandé. Il est venu sur le tournage mais même pour une figuration, il ne voulait pas.« 

Entre l’écriture du scénario et puis le tournage en lui-même, ce sont deux éléments très différents l’un de l’autre dans le processus de création d’un film. Comment s’est déroulé la direction des acteurs et de l’équipe ?

« Ce n’était finalement pas très compliqué car la préparation fut une période très intense en heures de travail mais surtout en engagement…« 

La préparation est pour toi plus importante que le tournage ? C’est là que tout va se décider ? Il faut aller très loin dans la préparation ?

« Oui ! Je pense qu’il faut aller le plus loin possible. On cherche à anticiper tout ce qui peut se passer sur un tournage. On avait relativement peu d’argent. Nous avons tourné en 25 jours (5 semaines) alors que les premiers plans de travail – qui probablement étaient un peu trop gourmands – étaient à 8 semaines. Dans ces conditions, on est obligé de se poser les bonnes questions ! On a passé plusieurs jours sur les décors, à ré-interroger chaque scène du scénario. Il a fallu être extrêmement précis et scrupuleux pour être au plus près de ce que sera la réalité du tournage.« 

En définitive, le film qui sort au cinéma est très proche du tournage. Le premier montage faisait 1h40 et le film au final fait 1h33. Très peu de choses ont donc été jetées lors de la post-production.

Notons, enfin, le travail sur la lumière qui donne un résultat très naturel comme l’est le scénario.

« Ma hantise était qu’il ressemble à un téléfilm, de ne pas avoir fait la multitude de petits choix qui fait qu’un film ressemble à un film et non à un téléfilm. Par exemple, dans un téléfilm tout est hyper bien éclairé et après on décide si on met un personnage dans l’ombre ou pas mais cette étape-là elle ne se passe jamais ! L’éclairage « téléfilm » donne cet aspect un peu factice. Même remarque pour les décors, on voit que ce sont des décors qui ont été repeints et que l’on a bien choisi dans une palette de couleurs. Voilà, tout ça, je voulais absolument le fuir.« 

Le prochain projet de long métrage de David Roux ne sera pas inspiré d’un fait familial mais sera l’adaptation d’un roman dont le thème est finalement très proche de « L’ordre des médecins » avec un personnage qui est enfermé dans un milieu, très seul et où la famille joue un grand rôle.

Fiche Technique
Titre : L’Ordre des Médecins
Réalisateur : David Roux
Avec : Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot
Pays: France – Belgique
Genre : Drame
Date de sortie : 23/01/2019 (Belgique – France)
Durée : 1h33

Affiche du film « L’Ordre des Médecins » de David Roux
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