Fabienne Godet présente avec « Nos vies formidables » un film social documenté. Ce n’est pas un documentaire, c’est une fiction mais ce n’est pas non plus un docu-fiction !

« On est bien d’accord. Je ne sais pas si c’est un film social mais ce n’est pas du tout un docu-fiction. C’est une vraie fiction à partir d’histoires vraies. » me déclare la réalisatrice. « Ce n’est pas non plus un film sur l’addiction mais sur l’honnêtement, la solidarité, la fraternité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs que dans les groupes de narco-anonymes.« 

Les fondations du film proviennent de plusieurs éléments : « Il y a plusieurs choses qui ont construit le film : la volonté de trouver une histoire qui pourrait se dérouler dans un lieu unique; la rencontre avec Pascal, frère d’une amie qui était toxicomane. Il m’a proposé de faire un film sur lui et s’est ensuite suicidé 15 jours plus tard. » De cet événement tragique, Fabienne a commencé à lire énormément, plutôt des histoires de vécus que des théories sur l’addiction.

Et, puis, un peu par hasard, elle discute avec son voisin de ses lectures. Ce dernier lui propose de l’accompagner dans son groupe de narcotiques anonymes. « Ce fut le choc, j’étais bouleversée, sonnée. C’est fou qu’il y ait des groupes comme ça de fraternité. J’y suis allée tout le temps et, de bouche-à-oreille, les gens m’ont confié leur parcours. C’est comme ça que j’ai rencontré Régis.« 

Régis Ribes est à Mons lorsque je le rencontre. Il présente le film avec Fabienne Godet au Festival du Film de Mons. Il y interprète le thérapeute du centre où les personnages de « Nos vies formidables » tentent de se reconstruire.

Les personnages du drame dans lequel Fabienne Godet vous plonge se prénomme Margot, Jérémy, Salomé, César, Sonia… Ils ont entre 18 et 50 ans. Tout les sépare, sauf l’urgence de se reconstruire et de restaurer la relation à l’autre que l’addiction a détruite. Solidaires, ils ont comme seules règles, le partage, l’honnêteté, l’authenticité, la sincérité, l’humanité.

Mons est une ville que Régis connait bien, il y fut incarcéré pour détention d’héroïne. Cet ancien assistant metteur en scène a sombré dans la drogue petit-à-petit. C’est un acteur belge qui lui fera goûter à l’enfer et c’est lui qui le sauvera quelques années plus tard en lui parlant de ces groupes de narco-anonymes.

En 2001, il suit une formation pour être thérapeute pour aider les autres à s’en sortir. « Fabienne allait dans les groupes narco-anonymes pour préparer son film. Albert lui a parlé de moi. Nous avons pris rendez-vous. La rencontre devait durer une heure, elle en a duré 5. Elle devait être uniquement, elle s’est transformée en relation de travail de 1 an 1/2. » me dit Régis Ribes.

Fabienne désirait que Régis soit le thérapeute du film. Il était le casting idéal. Régis n’était pas contre à la seule exigence que ce soit de l’impro. Il ne voulait pas apprendre de textes. « Le fait de revenir au cinéma est une sorte de boucle. Au tournage, j’étais dans mon élément mais dans un mélange de genres où j’étais parfois perdu car je pouvais embrasser tous les rôles du tournage et des personnes du film. » déclare Régis. « Fabienne donnait à chacun un texte qu’il ne devait pas apprendre par cœur. Je créais la surprise avec mes improvisations. J’allais chercher un acteur.trice pour l’intégrer dans le groupe, dans la scène. Je faisais vraiment mon métier de thérapeute. J’avais d’ailleurs vraiment l’impression d’être dans un groupe de thérapie, d’être moi-même, d’être le thérapeute.« 

La réalisatrice a placé sa caméra dans un centre ouvert. Une simple chaine ferme le portail que tout pensionnaire peut franchir à sa guise. Il.elle sait qu’en franchissant cette frontière presque virtuelle tout le travail qu’il.elle a entreprit pour s’affranchir des addictions qui l’ont tiré vers le bas sera anéanti.

Le film est profond car extrêmement bien documenté. Il est juste dans ses propos, dans ses retranchements, dans son ton, dans l’action.

Par téléphone, Fabienne et moi aurons une longue discussion à propos de la scène avec les parents : moi lui déclarant que c’est certainement la scène qui m’a le plus impressionné car elle est d’une justesse que j’ai moi-même vécue dans ma propre vie; elle me déclarant que certains journalistes lui ont reproché cette scène car elle est (trop) violente. La scène est violente, effectivement, mais elle vous place devant vos responsabilités de parents, de frères.sœurs, d’ami.e.s. Comment réagiriez-vous ?

Et demain ? « Il n’y a jamais de projection chez les addicts » me dit Régis. « Je vis dans l’instant présent mais le passé est important ! Il est important de se souvenir d’où je viens et que je viens de l’enfer.« 

Fiche technique
Titre : Nos vies formidables
Réalisatrice : Fabienne Godet
Avec : Julie Moulier, Johan Libéreau, Zoé Héran, Régis Ribes
Pays : France
Genre : Drame social
Date de sortie : 06/03/2019 (France – Belgique)
Durée : 1h57

Affiche du film « Nos vies formidables » de Fabienne Godet
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