Le 29 mai 2018, Priscilla Ludosky, une automobiliste de Seine-et-Marne, lance une pétition en ligne pour réclamer une baisse des prix du carburant à la pompe. La pétition devient virale et donne l’idée à deux chauffeurs routiers, Éric Drouet et Bruno Lefevre, de lancer sur Facebook un appel au « blocage national contre la hausse du carburant » le 17 novembre 2018. Au moment de l’appel des deux chauffeurs, nous sommes le 10 octobre 2018. 8 jours plus tard, la Bretonne Jacline Mouraud publie sur Facebook une vidéo coup de gueule « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon ? ». Le 24 octobre 2018, Ghislain Coutard, un technicien en maintenance de Narbonne, publie une vidéo sur Facebook dans laquelle il appelle les automobilistes à mettre le gilet jaune qu’ils ont tous dans leur véhicule en évidence afin de montrer qu’ils sont d’accord avec le mouvement et de le laisser bien en vue jusqu’au 17 novembre.

Les « Gilets Jaunes » sont nés.

… enfin ceux de France car penser à prendre un gilet jaune comme signe de ralliement peut vous sembler une excellente idée mais sachez qu’elle avait déjà été utilisée en Irak en 2015 où des protestataires avaient enfilé un gilet pour dénoncer le manque de service public. Cela s’était déroulé dans les rues de la ville de Bassora.

Le 14 novembre, sur TF1, Emmanuel Macron est questionné sur le mouvement et déclare « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants ». Il est certainement très loin de s’imaginer la suite…

Acte I.

La mobilisation non déclarée, non structurée, non autorisée du 17 novembre 2018 rassemble plus de 280.000 manifestants sur 2.034 sites différents et est marquée par le décès d’une manifestante de 63 ans renversée par une automobiliste qui a pris peur sur un barrage routier.

Dès le lendemain, le mouvement ne faiblit pas et se poursuit : blocage de centres commerciaux, de rond-points, de dépôts de carburants, barrages filtrants, ouverture des barrières aux centres de péages des autoroutes, détérioration de flashs routiers, … le mouvement prend de nombreuses formes mais souvent contre la liberté de mouvement des citoyens plutôt que vers le gouvernement. Parfois le mouvement dérape comme le 21 novembre dans la Somme où des gilets jaunes découvrent des migrants clandestins dans un camion-citerne. Ils les dénoncent aux autorités.

Et on compte déjà un deuxième décès : un motard de 37 ans remontait la file de véhicules à l’arrêt quand une camionnette a décidé de faire demi-tour et a percuté le motard au moment même où elle a franchi la ligne blanche.

Acte II.

La première tentative de récupération politique viendra de Jean Lassalle qui portera un gilet jaune au sein de l’Assemblée Nationale. Tous les autres y viendront ensuite : de Laurent Wauquiez à François Hollande en passant par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon. Ce dernier sera certainement le plus actif mais son insoumis député François Ruffin lui fera de l’ombre en occupant le terrain médiatique. Ça fait tellement longtemps qu’il attend que la France se soulève qu’il se délecte de ce mouvement citoyen. Il n’hésitera pas à mettre de l’huile sur le feu si cela peut servir le chaos et sa cause.

Malheureusement pour eux et pour la démocratie, d’après les sondages, ce n’est pas La France Insoumise qui bénéficiera de l’action mais le Rassemblement National.

42% des gilets jaunes sont des supporters du Rassemblement national. Lors des prochaines élections européennes, le parti de Marine Le Pen est crédité à 24% des votes. La liste LREM-MoDem pointe à 19%, et La France insoumise à 11,5 points, suivent Les Républicains qui enregistrent la plus forte baisse (8%).

Rapidement dans les faits, le mouvement a montré une radicalisation et entre les « vrais » gilets jaunes se bousculent des groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche ainsi que des casseurs venus bouleverser la tenue des manifestations parisiennes.

Malgré la mouvance du mouvement, les détériorations, les pillages, la casse, les décès, les sondages sont clairs : les Français soutiennent à une très large majorité les gilets jaunes.

Le 24 novembre, le gouvernement accepte la tenue d’une manifestation au Champs-de-Mars mais les gilets jaunes ne veulent pas qu’on leur dicte où ils doivent aller et se rendent sur les Champs-Élysées et à la place de la Concorde. C’est l’explosion de violence mais Paris n’a encore rien vu !

Acte III.

Dès le 29 novembre 2018, le gouvernement reçoit une délégation de gilets jaunes mais rapidement là aussi c’est la débâcle car les manifestants ne reconnaissent aucune personne pour les représenter.

Priscilla Ludosky et Éric Drouet seront les seuls à être reçu par le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy. Eric Drouet filmera même à l’insu des personnes qui le reçoit la conversation sur Facebook en live. Cette action aurait du lui donner du crédit auprès des manifestants mais, au contraire, chaque porte-parole recevra des menaces, obligeant le gouvernement à trouver une sortie de crise sans partenaire.

Les relations avec les médias se cristallisent petit-à-petit. Alors que les gilets jaunes exigent que toute rencontre soit filmée et diffusée sur une chaîne télé, ils détestent les journalistes qu’ils voient comme des « collabos » du gouvernement. Le 24 novembre, des journalistes de BFM TV sont pris à partie et échappent de justesse à un lynchage en marge d’une manifestation à Toulouse.

Pourtant, après une naissance sur les réseaux sociaux, c’est grâce à la télévision que le mouvement s’est mué et a pris l’ampleur qu’on lui a connu. Les médias se sont lancés tête baissée dans le mouvement. Les chaînes infos en continu ne font plus que des émissions spéciales sur le mouvement. Chaque chaîne généraliste consacre au moins une soirée spéciale aux gilets jaunes : 28 novembre pour LCI (919.000 téléspectateurs, soit 4,8% de PDA), 2 décembre pour France 2 (3.500.000 téléspectateurs, soit 14,6% de PDA), 4 décembre pour France 3 (1.201.000 téléspectateurs, soit 5,1% de PDA) et 5 décembre pour M6 (1.458.000 téléspectateurs, soit 8% de PDA)

Après la récupération politique et médiatique, les gilets jaunes sont récupérés par les people.

Le premier à se manifester en faveur du mouvement est Franck Dubosc, il sera rapidement suivi par Patrick Sébastien. A chaque interview, les artistes doivent se prononcer sur leur adhésion ou non aux gilets jaunes. Comment être contre au moment de la pensée unique ? Impossible sous peine de haine et c’est ce qui arrivera aux artistes des Restos du Cœur. Par manque de soutien visible, les gilets jaunes conspueront les Enfoirés.

Jean-Marc Morandini décrètera que son blog sera le premier média « gilets jaunes ». Cyril Hanouna décide de son côté d’inviter chaque jour dans « Touche pas à mon Poste » (C8) des gilets jaunes pour débattre avec lui et ses chroniqueurs du mouvement. Il a voulu être leur porte-parole, il a tenté de créer une banque du cœur pour les plus démunis, il a remis Franck Dubosc dans le droit chemin, … Malheureusement la sauce n’a jamais vraiment pris. TPMP est resté le 3ème talk show derrière « C à Vous » (France 5) et « Quotidien » (TMC). Par contre, ses débats du vendredi dans « Balance Ton Post » (C8) ont été un franc succès. A la veille de l’acte IV, l’émission de troisième partie de soirée a rassemblé 716.000 téléspectateurs, soit 7,7% de part de marché et s’est même classée première chaine de France avec « Balance ton post, ça continue » qui, en frontal avec une rediffusion de « Vendredi tout est permis », a fait plus de téléspectateurs qu’Arthur sur TF1.

L’humoriste La Bajon a également décidé de surfer sur les gilets jaunes pour se faire un nom grâce à une vidéo vue 17 millions de fois sur Facebook. Son humour provocateur et vulgaire semble opportuniste en « flattant les plus bas instincts du mouvement des Ronds-Points » comme le dénonce Le Figaro dans son article du 31 décembre 2018.

Pendant ce temps, le mouvement citoyen est devenu un monstre aux milles visages. De la taxe carburant au pouvoir d’achat, les revendications se sont multipliées et vont dans tous les sens. Chacun y va de sa revendication par rapport à ses positions économiques et politiques.

Pour la manifestation du 1er décembre, la police pense avoir tout prévu mais c’est la débâcle. L’Arc de triomphe est vandalisé, des voitures sont incendiées, des boutiques pillées. Des scènes de guérillas urbaines feront le tour de monde. On dénombre deux nouveaux décès en marge des manifestations.

Le gouvernement commence – enfin – à s’inquiéter de la tournure des événements. Le Premier Ministre Edouard Philippe décrète un moratoire de six mois sur la hausse annoncée des taxes sur les carburants mais les manifestants lui rient au nez. Trop tard. Ce n’est plus leur priorité, leur demande. La France est en pleine révolte et on ne sait comment sortir de la crise et comment répondre à chaque demande sans négociation possible.

La France est « au bord de l’insurrection et de la guerre civile ». Il se dit, un temps, que l’armée sera appelée en renfort pour l’acte IV.

Acte IV.

Nous sommes le samedi 8 décembre 2018. Le gouvernement semble avoir appris de ses erreurs et change de tactique pour contrer les pillages, les dégradations et les luttes armées de la semaine dernière. De nombreuses arrestations se font en amont de la manifestation et les policiers ne sont pas au bout de leur surprise en découvrant dans le coffre des voitures des gilets jaunes des casques, des masses, des marteaux, des tenailles, des boules de pétanque, des extincteurs, … Le ministère de l’Intérieur fait état de 136.000 manifestants et de 1.723 interpellations (dont 1.082 à Paris) et 1.220 gardes à vue. C’est un record qui a permis d’éviter le chaos tant redouté.  Les personnes arrêtées n’ont pas le profil que l’on décrit dans un premier temps. Ce ne sont plus les jeunes de banlieues venus vider une boutique Chanel ou Apple, ce ne sont plus les extrémistes venus bruler une agence bancaire mais de « vrais » gilets jaunes qui se retrouveront rapidement devant les juges où des peines allant de l’amende à une peine de prison ferme seront prononcées.

Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Matteo Salvini se réjouissent de voir les problèmes s’accumuler sur la tête d’Emmanuel Macron :

«L’accord de Paris ne marche pas si bien que ça pour Paris. Manifestations et émeutes partout en France» (Donald Trump, le 8 décembre, via Twitter)

«Ah ! Voyez un peu ce que font les policiers de ceux qui critiquaient nos policiers» (Recep Tayyip Erdogan lors d’une allocution le 8 décembre 2018)

«Je me souviens qu’il y a quelques mois Macron était le champion de la nouvelle Europe pour toute la gauche italienne. Il y avait un refrain pour le nouveau génie de l’Europe, le nouveau sauveur de l’Europe – ils se trompaient encore. J’espère pour le bien des Français, qui sont un grand peuple, qu’ils sortiront de ce moment de crise. Le fait que Macron était un produit de laboratoire inventé uniquement pour empêcher tout changement l’horizon semble évident maintenant» (Matteo Salvini lors d’une conférence de presse le 11 décembre 2018)

L’atmosphère anxiogène que les chaînes (principalement celles d’infos en continu) génèrent est excellente pour leurs audiences.

Les 4 chaînes infos françaises ont signé leur record historique le samedi 8 décembre à l’occasion de l’Acte IV. A cette date, BFM TV fut la deuxième chaîne de France derrière TF1 ! 

Le chaos est bon pour l’audience.

Samedi 17 novembre (Acte I) :
BFMTV : 8,0%
LCI : 1,6%
CNews : 1,4%
franceinfo : 1,1%

Samedi 24 novembre (Acte II) :
BFMTV : 9,2%
CNews : 3,2%
LCI : 2,7%
franceinfo : 1,0%

Samedi 1er décembre (Acte III) :
BFMTV : 9,6%
CNews : 3,9%
LCI : 3,2%
franceinfo : 1,6%

Samedi 8 décembre (Acte IV) :
BFMTV : 10,9%
CNews : 4,1%
LCI : 3,5%
franceinfo : 1,8%

Emmanuel Macron prend la parole le 10 décembre 2018 à la télévision. Son discours sera suivi par 23 millions de personnes. Un record d’audience. Il annonce plusieurs mesures destinées à mettre fin au conflit. Le mouvement faiblit mais ne s’arrête pas. Difficile de satisfaire tout le monde dans un mouvement multiple où aucune négociation n’est possible. Pour certains gilets jaunes, c’est tout ou on continue !

Pendant ce temps, une cinquième personne perd la vie aux abords d’un barrage filtrant. Une jeune femme de 26 ans a percuté l’arrière d’un camion. La préfecture ordonne la libération du rond-point suite à l’incident. Trois jours plus tard, un chauffeur poids lourd a été surpris par un manifestant. Pensant être agressé, il a été pris de panique et a percuté le gilet jaune au rond-point situé près d’une sortie d’autoroute à Avignon. Et le décompte macabre s’est poursuivi avec deux autres décès le 14 décembre : un père de deux enfants meurt encastré dans un camion bloqué par le barrage filtrant entre Jeumont et Erquelinnes; la passagère d’un véhicule roulant à contresens sur la Nationale 2 est décèdée, le conducteur avait tenté d’éviter un barrage filtrant aux abords du rond-point de l’Archer à Soissons (Aisne).

Le 11 décembre 2018, un événement va venir bouleverser l’actualité : Chérif Chekatt ouvre le feu dans la foule du marché de Noël de Strasbourg et tue 5 personnes. L’attaque revendiquée par Daech bouleverse la France, les citoyens, les hommes et les femmes politiques. Que faut-il faire ? Continuer ou arrêter ? Certains gilets jaunes, à l’image du porte-parole YouTuber Maxime Nicolle, y voit un complot du gouvernement pour faire taire le mouvement. D’autres leur répondent que le complot vient justement des gilets jaunes pour faire tomber le gouvernement car, aujourd’hui, les revendications ont encore évolué : les gilets jaunes se sont braqués sur la personne d’Emmanuel Macron. « Macron démission » scandent les manifestants harangués notamment par le toujours plus médiatique François Ruffin.

Dans les théories du complot, on pourrait aussi citer le politicien Nicolas Dupont-Aignan cherchant en vain à occuper l’espace médiatique qui parlera des « casseurs de Castaner ».

Fort des audiences de la semaine dernière, Cyril Hanouna et C8 tentent un coup de poker en retirant  « TPMP refait la semaine », le divertissement hebdomadaire animé par Jean-Luc Lemoine, pour y mettre « Balance ton Post » en prime time. Trop tard ! Le mouvement s’est essoufflé. Il ne reste plus que 45% des sondés qui pensent qu’il faut encore poursuivre le mouvement. L’émission a intéressé 708.000 téléspectateurs pour une part de marché de 3,2%. Jean-Luc Lemoine était à 3,0% de part de marché à la même heure la semaine précédente.

Acte V.

La mobilisation faiblit. A peine 4.000 personnes manifestent à Paris et 66.000 en France, soit la moitié des semaines précédentes. Malgré cette faible affluence, les médias proposent un dispositif importante pour retransmettre les échauffourées entre les CRS et les gilets jaunes mais, tout comme la mobilisation, l’audience faiblit et BFM TV passe à la 5ème place (ce qui reste encore un très bon score même s’il est divisé par deux).

Samedi 15 décembre (Acte V) :
BFMTV : 5,9%
CNews : 2,7%
LCI : 2,1%
franceinfo : 0,9%

Acte VI.

Au théâtre, une tragédie se déroule en 5 actes. Le dernier voit généralement l’action se dénouer entraînant la mort d’un ou de plusieurs personnages. Le dénouement pour les gilets jaunes fut les annonces conséquentes faites par le gouvernement. La mort, elle a continué son chemin avec deux nouvelles victimes : Le 9ème décès se déroulera près d’un rond point donnant accès à l’autoroute A62 près d’Agen où un gilet jaune de 60 ans fut renversé par un poids lourd lors d’un rassemblement. Enfin, le vendredi 21 décembre, un conducteur de 36 ans a perdu la vie en percutant un camion à l’arrêt non loin d’un rassemblement manifestants, sur la D900, au péage sud de Perpignan. « Le chauffeur du poids lourd est resté sur place et a attendu l’arrivée de la police, contrairement aux personnes qui bloquaient la route et qui se sont enfuies« , a souligné Jean-Jacques Fagni, procureur de Perpignan. A l’arrivée de la police, il ne restait plus que le chauffeur du camion et deux ou trois femmes gilets jaunes choquées. La barrage a été levé immédiatement.

L’acte 6 de ce samedi 22 décembre 2018 est donc celui de trop, celui des plus déterminés, celui des plus radicalisés, celui des plus anarchistes. Celui où l’on ne veut qu’une chose : le chaos pour Noël ou pire encore le meurtre du chef de l’Etat qui fêtait ses 41 ans le vendredi 21 décembre.

Pour l’anniversaire du Président, des gilets jaunes d’Angoulême ont décapité un pantin à l’effigie d’Emmanuel Macron. Le lendemain, alors qu’on attendait une manifestation à Versailles et que le site avait été fermé pour l’occasion, les gilets jaunes se sont finalement retrouvés à Montmartre créant une belle pagaille. Certains d’entre-eux ont entonné l’hymne antisémite de Dieudonné, le « chant de la quenelle », avec geste à l’appui. Des scènes de violences se sont à nouveau déroulées sur les Champs Elysées où un policier a sorti son arme de service pris de panique par le lynchage dont il était victime. Deux journalistes de France 2 Montpellier ont déclaré ce samedi 22 décembre à l’AFP avoir été « violemment » agressées alors qu’elles couvraient un rassemblement au Boulou (Pyrénées-Orientales), près de la frontière franco-espagnole. Une équipe de BFMTV et une journaliste du Progrèsont aussi été prises à partie à Saint-Chamond (Loire).

La participation s’élève à 33 600 manifestants, soit presque deux fois moins que la semaine précédente.

Un gilet jaune président

Un gilet jaune pourrait-il devenir président ? C’est en tout cas, l’anticipation qu’en a fait le réalisateur Olivier Baroux dans son film « Les Tuche 3 ». Sorti en janvier 2018, il y voit son personnage Jeff Tuche – devenu président de la République – se mettre en grève pour réclamer davantage de justice sociale et une meilleure répartition des richesses au sein de la société. Il est rapidement suivi par des milliers de ses concitoyens dont certains arborent la tenue devenue emblématique de la grogne sociale dans la France de 2018 !

Pour l’heure, il n’y a pas encore de liste européenne ou française de gilets jaunes. Par contre, certains tentant d’exister coute que coute ont déposé les mots « gilets jaunes » comme marque ! C’est le cas de Florian Philippot, l’ancien bras droit de Marine Le Pen, tête du parti Les Patriotes, qui espère ainsi monter une liste “Les Gilets jaunes” ou “Avec les gilets jaunes” dont il considèrent que leurs revendications sont 100 % compatibles avec son programme.

Notez que parmi les 25 dépôts reçus par la base de données de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), il y a « Gil et John » !

Bilan provisoire

Difficile de conclure à l’heure actuelle ce mouvement inédit. Néanmoins, on ne peut que constater le succès du mouvement où de nombreuses revendications ont été acquises mais à quel prix ! Outre les 10 décès dénombrés plus haut, un bilan humain établi par le ministère de l’Intérieur fait état de 1.052 blessés parmi les manifestants et de 245 parmi les forces de l’ordre. Certains ont été atteints par des lanceurs de balle de défense (Flash-Ball) ou des grenades de désencerclement et y ont perdu un œil ou une main.

Le bilan économique du mouvement est également dramatique. Vinci Autoroutes dénombre des dizaines de millions d’euros de dégâts. Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré le 10 décembre 2018 que le mouvement aura un impact négatif de 0,1 % sur la croissance française au dernier trimestre 2018. Il faudra également tenir compte de l’impact sur le tourisme, sur la consommation des ménages en pleine période de Noël, et sur le coût des annonces faites par le gouvernement pour répondre aux demandes des citoyens.

La maire de Paris Anne Hidalgo estime entre 3 et 4 millions d’euros les dégâts causés par les violences en marge de la manifestation du 1er décembre à Paris pour les seuls mobiliers urbains. A ça, il faudra comptabiliser les dégâts pour les commerces, pour les commerçants, pour les voitures brûlées et multiplier le tout pour les samedis 8 et 15 décembre.

Tout au long du mouvement, l’amour vache entre les gilets jaunes et les médias traditionnels aura perduré car ils n’ont jamais reconnu leur mouvement dans les images qui ont été montrées : d’un côté, ils voient sur les réseaux sociaux des images de violences faite à l’encontre des gilets jaunes. De l’autre, ils voient ces mêmes images dans les médias traditionnels qui soit ne font que les montrer et exacerbent encore plus les haines et les peurs, soit apportent des commentaires journalistiques ou d’experts et des débats d’idées pour comprendre ces images. Cette contextualisation va en diminuer son impact émotionnel et, là, ce n’est plus possible car l’explication devient une sorte de mise en scène pour excuser les actes des policiers et donc du gouvernement responsable de tous les maux.

Tâches d’huile…

Le mouvement des gilets jaunes s’est répandu telle une tâche d’huile dans divers pays européens. D’abord en Belgique où la proximité médiatique a facilité un jeu de miroir. De manière assez identique, les belges ont manifesté avec colère durant 2 vendredis et 1 samedi mais avec le peu de participants (1000 au plus fort du mouvement), la police est venue rapidement à bout de l’insurrection et seules deux voitures de police ont été brûlées. La classe moyenne des Pays-Bas a également tenté d’avoir son mouvement gilets jaunes : des centaines de manifestants ont battu le pavé de La Haye et de Maastricht le 1er décembre 2018.

Le même jour en Allemagne, une manifestation s’est déroulée à l’appel de 3 mouvements d’extrême droite. Le mouvement gilets jaunes d’Outre-Rhin s’est focalisé sur des questions migratoires.

Le mardi 4 décembre, Bosko Obradovic, député et chef de la formation de droite nationaliste Dveri en Serbie, a revêtu – comme l’avait fait Jean Lassalle en France – un gilet jaune lors d’une séance plénière au Parlement pour protester contre les prix du carburant. C’est également revêtu d’un gilet jaune qu’un millier de manifestants ont défilé le samedi 8 décembre 2018 dans les rues de Podgorica (Capitale du Monténégro) pour dénoncer le placement en détention du député de l’opposition Nebojsa Medojevic. Enfin, les autorités égyptiennes ont décidé de limiter la vente des gilets jaunes par peur d’un embrasement lors du 8ème anniversaire de la révolution de janvier 2011.

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