Nous nous étions rencontrés en 2013 pour une campagne intitulée Mister HIV menée par l’asbl Warning Bruxelles, je retrouve Laurent Gaissad en 2017 – depuis Paris – pour un événement qu’il organise dans le cadre de la Belgian Pride Festival.
En effet, le vendredi 19 mai 2017 à 18h, il organise une conférence débat autour d’un livre de photographies et de textes autour des lieux de drague homos dans l’espace public.

Laurent, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était en effet autour d’une campagne de lutte contre la sérophobie fondée sur la visibilité partagée du stigmate lié au VIH dans le milieu gay à Bruxelles.

On avait organisé une vraie-fausse élection de Mr HIV 2013 pour dénoncer aussi le retard dans la prévention, retard à accepter notamment le rôle du traitement qui rend le virus indétectable au point que les personnes séropositives ne le transmettent plus. Aujourd’hui c’est acquis, mais ça avait fait un vrai tollé à l’époque car les associations, surtout en Belgique francophone, s’accrochaient à une vision à la fois victimaire et sécuritaire de la séropositivité. Rendre visible nos désirs et nos sexualités, c’est un peu le fil conducteur entre cette époque et le chemin qui me ramène aujourd’hui aux lieux de drague sur lesquels j’avais fait mes recherches doctorales il y a plus de dix ans.

Des lieux de drague public ? C’est encore à la mode ? Le livre Les Chemins égarés d’Amélie Landry (Editions du Bec en l’Air) est un hymne à une pratique quelque peu dépassée par les acquis des gays et par l’arrivée d’Internet ?

Amélie Landry les avait sillonnés et habités cinq années durant. Elle est arrivée à dire avec les très belles images et les remarquables témoignages de dragueurs qui composent l’ouvrage qu’ils ne sont jamais vraiment passés de mode justement, et que leur présence dans nos villes et dans nos campagnes reste d’actualité. L’écrivain Mathieu Riboulet a superbement écrit le caractère tout à la fois inédit et ordinaire de ces lieux et des expériences sexuelles qu’ils recouvrent comme moment de la vie et du désir, dans son texte intitulé « Le registre des bêtes », et pour ma part, j’ai surtout voulu insister en postface sur le paradoxe de leur impermanence et de leur persistance simultanée.
Ces lieux de drague, on peut donc bien entendu s’étonner qu’ils existent encore quand on songe non seulement aux politiques municipales qui ont cherché partout à les éradiquer, ou bien au développement de quartiers où des espaces commerciaux nous sont aujourd’hui réservés ; et s’en étonner d’autant plus, évidemment, face aux acquis juridiques récents des gays et à l’avènement ces derniers temps des rencontres médiatisées par internet. La virtualité des espaces publics où nos désirs et nos sexualités trouvent aujourd’hui à s’exprimer, dans nos droits comme dans nos statuts online, n’a pourtant pas éliminé ces emplacements réels, ces lieux à la fois secrets et connus de tous, où les homos et les hétéros continent à baiser ensemble. C’est important de continuer à le dire publiquement, de rendre visible encore une fois ce qui semble voué à ne pas l’être.

En quoi consistera le débat ?

Pour donner un avant-goût de l’exposition complète des photos d’Amélie Landry dans le cadre de la prochaine Triennale Photographie et Architecture, organisée par la Faculté Cambre-Horta ULB à Bruxelles en mars 2018, nous avons souhaité présenter l’ouvrage au moment de la Pride Week autour de deux évènements, une conférence-débat que la Z/Senne Art Lab a accepté d’accueillir le vendredi 9 mai 2017 à 18 heures au 1, rue Anneessens à 1000 Bruxelles, et la présence de quelques photos comme autant de fenêtres ouvertes sur les lieux de drague en plein air dans le célèbre sex club du centre-ville le Stamm Bar au 114, rue du Marché au Charbon, toujours au centre ville. On pourra donc découvrir le livre au travers notamment d’une lecture publique de « paroles de dragueurs » au moment de la conférence-débat, qui est aussi l’occasion de venir à notre rencontre et de nous poser des questions sur ce beau projet, et tout au long de la semaine, d’aller voir les photographies au Stamm Bar.
De son côté, Radio Campus consacrera une carte blanche aux Chemins égarés le samedi 20 mai 2017 à 18 heures, autour du documentaire radiophonique réalisé par Amélie Landry et Pali Meursault pour l’émission Création on Air sur France Culture.
D’ores et déjà, nous remercions toutes les personnes qui nous ont apporté leur aide précieuse pour l’organisation de ces événements à Bruxelles : Luc Emiel Roman de la Z/Senne Art Lab, Frederick Da Sogue du Stamm Bar, Alain Cabaux de Radio Campus, Bruno De Lille, Saskia de Keyser et Matthieu Christiaens pour la traduction du très beau texte de présentation écrit par la romancière et essayiste Rochelle Fack, à découvrir ICI en ligne


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