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HUMEUR : C’est l’histoire d’une commission

Dans le cadre du programme FEMICITY que nous avons mis en place début de cette saison, nous avons produit et réalisé une série de portraits de femmes architectes qui est diffusée depuis début septembre sur le site de référence de la vidéo d’architecture caviar.archi.
De plus, nous avons décidé de dédier l’entièreté de la saison 18-19 de l’émission que j’ai le plaisir d’animer depuis 13 ans sur BX1, Archi Urbain, aux femmes qui travaillent dans le monde de l’immobilier en Belgique et principalement en Bruxelles.

Nous soutenons également les événements immobiliers qui sont organisés par des femmes et qui parlent des femmes comme les 3 jours de colloques  qui viennent de se dérouler à l’Université LOCI à Bruxelles sur la problématique de l’accessibilité des femmes au logement.

Enfin, nous avons le projet de produire un documentaire sur l’évolution de la place de la femme dans le monde de l’architecture en donnant la parole à une série de chercheuses, historiennes, activistes et architectes européennes. Afin de financer ce projet, nous avons déposé un dossier auprès de la commission de sélection de la Fédération Wallonie-Bruxelles afin d’obtenir une aide au développement. Notre projet a été analysé par un collège de 5 professionnels qui jugent spécifiquement des réalisateurs qui déposent un premier dossier auprès de la commission.

Ce vendredi 12 octobre 2018, j’étais invité à venir défendre mon projet « Women in Architecture » devant ces membres et répondre à leurs questions. En fin de journée, un coup de téléphone  devait apporter aux divers candidats la bonne (soutien) ou la mauvaise nouvelle…

Même s’il s’agissait d’un premier dépôt de dossier dans la catégorie « documentaire », je ne suis pas né de la dernière pluie et la Commission je la connais bien. Je connais leurs exigences et je sais que les soutiens sont peu nombreux face au nombre de candidatures toujours plus grandes. C’est pourquoi, avec toute mon équipe, nous avions travaillé ardemment en rencontrant un très grand nombre d’interlocutrices, en nous rendant à Turin pour assister à un symposium sur la femme créative, en réalisant de nombreuses interviews, en castant plusieurs femmes sur vidéo. Nous avons engagé une experte pour la rédaction de notre dossier en sélection une quinzaine de femmes que nous aimerions suivre pour approfondir avec elles notre sujet et proposer lors d’une étape ultérieure un dossier de production avec une série d’environ 5 à 7 femmes que nous suivrons dans leur quotidien dans le film que nous produirons et réaliserons.

Il était 20h environ lorsque mon téléphone sonna pour m’apporter, par la voie d’une des membres du jury, la… mauvaise nouvelle.

« Je pense que vous ne comprenez pas ce qu’est une commission. Votre dossier était divertissant à lire mais il s’agit là d’un film d’information et non d’un documentaire de création. Il aurait été préférable qu’au lieu de nous balancer 15 noms d’architectes, vous fassiez une sélection de 5 noms et que vous nous parliez de ces femmes dans le dossier. Il est toujours compliqué pour un journaliste de passer au documentaire et pour un documentaliste de faire du journaliste. »

J’ai demandé alors à mon interlocutrice si je pouvais dire quelque chose, elle m’a répondu que « cela ne changerait en rien le résultat mais que nous étions des êtres humains et que nous pouvions discuter« . C’est alors qu’elle m’a donné le conseil suivant : « Je vous invite à lire des livres qui vous apprendront ce qu’est un point vue d’un auteur ou à regarder des documentaires. »

Tout cela me rappelle un entretien que j’avais mené avec le Youtubeur Louis Cole (Fun For Louis) à qui j’avais demandé s’il désirerait réaliser un documentaire et il m’avait répondu « pourquoi faire ? Remplir des dossiers, attendre des années pour filmer !? Alors que moi, je produis tous les jours, j’ai 2 millions de fans et mes vidéos de voyage sont vues entre 50 000 et 1 million de fois« .

Ce jour-là, j’avais compris que le « documentaire de création » n’est plus le mot écrit en lettres d’or. Il y a deux voire trois mondes qui se bousculent dans la production audiovisuelle. En architecture, on appelle ça le bricolage, la promotion ou la création. A vous de choisir votre formule. En ce qui me concerne, je pense que la Commission a choisi la mienne.

Mais le nerf de la guerre reste toujours l’argent. Le bricoleur s’assure une indépendance totale mais il vit d’amour et de passion jusqu’à ce que son nombre de vues Web soit suffisamment important pour obtenir des gains lui permettant de subvenir à ses besoins. Le promoteur, quant à lui, doit faire les yeux doux aux chaînes de télévision. Il doit être créatif et racoler son carnet d’adresse pour que les sponsors privés affluent. Enfin, le créateur n’est pas bien plus riche que les deux autres même s’il fait le plus beau documentaire. Après avoir passé 4 années de son existence à modeler son film sous la pression de son.ses producteur.s afin d’entrer dans les cases imposées, il recevra de l’argent public pour réaliser son rêve. Heureusement, le statut d’artiste (ou de barman) lui aura permis de vivoter pendant toutes ces années. Lorsque son film sortira enfin, il pourra s’enorgueillir de passages dans quelques festivals, peut-être d’un prix. S’il a la chance que son film passe en télévision, il recevra des droits d’auteur qui le payeront enfin dignement pour toutes ces années de labeur.

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