Ce mercredi 7 septembre 2016, j’avais rendez-vous avec Soko à l’hôtel Manos Premier. Quelques minutes avant notre entretien, je reçois un texto de l’attachée de presse du film Voir du pays m’indiquant qu’il n’allait pas être possible de filmer, embêtant pour un journaliste dont le pitch est « Mister Emma se filme en compagnie de ses amis people« . Je tenterai quand même le coup mais rien n’y fit. Après des jours de promo et sans avoir dormi suffisamment, Soko aurait aimé avoir une maquilleuse mais la production n’avait rien prévu. Contrôle d’image.

Soko - ©misteremma 2016
Soko – ©misteremma 2016

Pleine d’énergie, souriante, Soko apparaît dans cet arrière jardin qui borde sa chambre d’hôtel. Elle est resplendissante mais je me garde bien de lui dire ce compliment car je serais apparu comme vil flatteur. Afin de détendre l’atmosphère, je lui rappelle notre rencontre à Cannes lors de la soirée de Xavier Dolan, elle me rétorque : On est là pour parler de Juste la fin du monde ?
OK ! Je sens que ça démarre mal.
Je poursuis néanmoins sur Cannes car je trouvais qu’elle avait été très présente lors du festival. Elle rayonnait sur le tapis rouge. Elle semblait heureuse d’être là et tout à fait à l’aise. « Ah non, je n’étais pas du tout à l’aise mais je fais bien mon travail. » Bham !

Voir du Pays des soeurs Delphine et Muriel Coulin et La Danseuse de Stéphanie Di Giusto sont les deux films qu’elle défendait en mai dernier et qui sortent ce mois-ci au cinéma. Deux films totalement différents.

Soko : Entre jouer une militaire qui m’a rendu complètement renfermée, mal dans ma peau et, à l’autre extrême, raconter la vie de quelqu’un qui a été oublié, d’apprendre un art, de devenir une danseuse et de me transformer vers quelque chose de plus positif, ça me nourrissait plus de faire La Danseuse. C’était trop dur pour moi de faire Voir du pays.

Voir du Pays est effectivement un film difficile dans lequel Aurore et Marine, deux militaires, et leur section reviennent d’Afghanistan. Ils vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre » avant de retrouver leur famille en France.

Soko : Delphine et Muriel Coulin viennent du documentaire. Elles ont cette intelligence de la vérité et du comment créer une atmosphère authentique. Elles nous ont mis autour de vrais militaires qui ont beaucoup participé à la vérité du film et aux détails.

A 30 ans, la jeune artiste est accro au travail. Sa double vie de musicienne et d’actrice, sa vie à L.A. la rendent complètement épanouie. Ses choix d’actrices, elle les fait au challenge. Il faut surtout que le scénario ne ressemble pas à sa vie.

Soko : Des films qui sont trop comme ma vie ou des réalisateurs qui ne savent même pas s’ils veulent travailler avec moi, j’ai plus envie de le jouer. Comme j’ai ce moteur créatif qui a besoin d’être en action sans cesse, je crée mes propres trucs qui font que je suis occupée avec autre chose. Donc, lorsque l’on vient me voir avec un scénario qui est un vrai challenge, qui n’a rien avoir avec ce que je suis, qui me sort de ma vie et me fait apprendre des choses nouvelles et où j’ai tout à découvrir et tout à apprendre, c’est ça qui m’intéresse.

Ses passions sont comme des cases sur lesquelles elle met pause de temps en temps.

Soko : Pour moi, c’est comme manger et dormir. J’ai besoin des deux et en même temps, tu ne peux pas faire les deux en même temps. Elles s’imposent à moi. Je fais les choses à 100% quand elles sont là. Pour les deux films, là, j’ai fait pause sur ma vraie vie à moi pour faire deux personnages, pour m’entraîner comme une dingue, être complètement déprimée et ensuite m’entraîner comme un petit soldat pour devenir une danseuse et faire un travail hardcore au quotidien pour arriver à rendre hommage à un personnage si riche.

Maintenant que les films sont terminés, elle peut se consacrer à la musique. Elle a, d’ailleurs, passé le mois d’août à New York pour travailler sur son 3ème album.

Soko : J’avais donc mis la musique sur pause pendant un an. J’avais même mis mes instruments de musique dans un garde-meuble pour ne pas les voir et je n’écrivais pas non plus. De toute manière je n’y arrivrais pas car lorsque je fais un film, je ne sais plus qui je suis. Il n’y a plus une part de moi. Ça s’évanouit complètement. Ça reste à Los Angeles, à la maison. Maintenant que les films sortent et que la promo se termine, je me suis remise à la musique. J’ai envie de rien lire, je n’ai pas envie de faire de film jusqu’à ce que l’on revienne me chercher par la peau des fesses pour faire un film qui m’intéresse. D’ici-là, je vais être complètement dans mon monde de musique, isolée, et faire que ce que je kiffe réellement et qui m’épanouit personnellement et que j’aime faire et qui me fait sentir indépendante.

Après ses entraînements de « petit soldat » pour jouer Loïe Fuller dans le film de Stéphanie Di Giusto, on pourrait penser que la danse occuperait plus de place dans sa musique. « Je suis toujours aussi nul en danse » me confiera-t-elle. Loïe Fuller n’était pas non plus une danseuse conventionnelle. Elle a créé cette danse derrière laquelle elle se cache parce qu’elle connait toutes ses failles. Elle utilise ses failles pour en faire quelque chose de spectaculaire, avec plein d’effets, plein de lumières partout. Elle met tout un théâtre dans le noir alors qu’on avait jamais vu ça avant. Elle crée tout cet univers mais, non, je ne pense pas que je vais danser la serpentine dans mes clips.

D’ici la sortie des films ou de son prochain album, vous retrouverez Soko sur ses réseaux sociaux, un moyen communication qu’elle affectionne particulièrement.

Soko : Dans les journaux, vous avez la vision étroite et restreinte issue d’une interview de 20 minutes. C’est la seule image que l’on avait des gens auparavant. Aujourd’hui, on a les réseaux sociaux. Toi, tu vas écrire ton papier sur ce que tu as pensé de moi et, puis moi, j’ai le droit de dire voilà exactement ce que je suis, voilà exactement ce que je fais dans la vie. Et j’ai le droit de raconter ma propre histoire.

Elle terminera cet entretien en me déclarant qu’elle trouve ça cool de montrer des photos d’elle sans make-up car c’est aussi ça être une femme. Pour ma part, je lui proposerais un deal : celui de faire une visite de L.A. ensemble avec ma caméra, avec ou sans make-up.

Soko : Je ne veux pas faire de fausse promesse car quand je le dis, je le fais vraiment mais je ne suis pas souvent à L.A., je ne sais même pas quand j’y retourne… (rires)

Filmographie
2004 : Au secours, j’ai 30 ans ! de Marie-Anne Chazel
2006 : Les Irréductibles de Renaud Bertrand
2006 : Mes copines de Sylvie Ayme
2006 : Madame Irma de Didier Bourdon
2006 : Dans les cordes de Magaly Richard-Serrano
2007 : Ma place au soleil d’Éric de Montalier
2007 : Ma vie n’est pas une comédie romantique de Marc Gibaja
2009 : À l’origine de Xavier Giannoli / Elle est nominée au César du meilleur espoir féminin pour son rôle de Monika.
2012 : Bye Bye Blondie de Virginie Despentes / Elle reçoit le Swann d’or de la révélation féminine au Festival du film de Cabourg pour son rôle de Gloria jeune.
2012 : Augustine d’Alice Winocour / Elle reçoit le prix de la Meilleure actrice au Festival international du film de Mar del Plata ainsi que le Courage in Acting Award au Women Film Critics Circle Awards (2013) pour son rôle d’Augustine.
2013 : Les Interdits de Philippe Kotlarski et Anne Weil
2016 : Voir du pays de Muriel et Delphine Coulin
2016 : La Danseuse de Stéphanie Di Giusto

Discographie
2007 : Not SoKute (autoproduit)
2012 : I Thought I Was an Alien (Because Music) dont le titre We Might Be Dead Tomorow, a atteint le top 10 du Billboard Hot 100 aux États-Unis
2015 : My Dreams Dictate My Reality18 (Because Music)

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